
Réalisateur, scénariste et producteur, Luc Besson occupe une place singulière dans le cinéma français. Son œuvre, souvent spectaculaire, navigue entre science-fiction, polar stylisé, aventure familiale et mélodrame visuel. Voici une sélection des meilleurs films de Luc Besson, replacés dans leur contexte, pour comprendre ce qui a fait son succès en France comme à l’international.
Luc Besson s’impose dans les années 1980 avec une approche très visuelle du cinéma, marquée par le goût de l’image, du mouvement et des personnages solitaires. Son style s’éloigne souvent du réalisme social traditionnel pour privilégier des univers très dessinés, proches du rêve, du clip ou de la bande dessinée. Cette signature lui vaut une reconnaissance rapide, mais aussi des débats critiques durables.
Son cinéma repose sur plusieurs constantes : des héros en marge, des récits d’initiation, des figures féminines puissantes, une place importante accordée à la musique et une ambition visuelle rare dans la production française de son époque. À ce titre, Besson appartient à une génération qui a contribué à renouveler l’idée du cinéma populaire français, avec des films capables de circuler largement à l’étranger.
Pour situer son parcours, il est utile de rappeler que le cinéma français s’est construit sur des traditions très diverses, de la Nouvelle Vague aux grandes fresques romanesques. Les amateurs de mises en scène plus intimistes peuvent par exemple rapprocher certains contrastes de ton avec l’approche morale et dialoguée d’Éric Rohmer, très différente de l’énergie visuelle de Besson.
Sorti en 1983, Le Dernier Combat est le premier long métrage de Luc Besson. Tourné en noir et blanc, presque sans dialogues, le film imagine un monde post-apocalyptique où les survivants ont perdu l’usage de la parole. Avec des moyens limités, Besson pose déjà plusieurs éléments essentiels de son cinéma : l’isolement, la survie, les décors stylisés et une narration plus visuelle que verbale.
Le film révèle aussi Jean Reno, qui deviendra l’un des acteurs les plus associés à son univers. Même s’il reste moins connu du grand public que ses succès ultérieurs, Le Dernier Combat conserve une importance particulière. Il montre un jeune réalisateur déjà attentif au cadre, à l’atmosphère et à la capacité du cinéma à raconter par les corps, les regards et l’espace.
Avec Subway, sorti en 1985, Luc Besson gagne en visibilité. Le film plonge dans les couloirs du métro parisien, transformés en territoire secret où se croisent marginaux, musiciens et personnages en fuite. Christophe Lambert y incarne Fred, un homme poursuivi après avoir volé des documents compromettants, tandis qu’Isabelle Adjani apporte au film une présence élégante et mystérieuse.
Subway est souvent associé au mouvement appelé “cinéma du look”, expression utilisée pour décrire des films français des années 1980 privilégiant l’esthétique, la lumière, les décors et la musique. Le terme peut être réducteur, mais il traduit bien l’importance du style dans ce film. La mise en scène y crée un Paris souterrain, presque irréel, où le réalisme passe au second plan.
Ce long métrage a marqué une étape décisive dans la carrière du réalisateur, confirmant son goût pour les personnages qui vivent en dehors des normes. La bande originale d’Éric Serra, collaborateur régulier de Besson, contribue fortement à l’identité du film. Avec le recul, Subway apparaît comme un témoignage très identifiable d’une époque du cinéma français.
Sorti en 1988, Le Grand Bleu reste l’un des films les plus célèbres de Luc Besson. Inspiré par la rivalité entre les apnéistes Jacques Mayol et Enzo Maiorca, le film raconte l’amitié, la compétition et la fascination pour la mer. Jean-Marc Barr, Jean Reno et Rosanna Arquette composent un trio au cœur d’un récit contemplatif, romantique et spectaculaire.
À sa sortie, le film divise la critique mais rencontre un immense succès populaire. Ses images sous-marines, sa musique atmosphérique et son rapport presque mystique à l’océan ont marqué toute une génération de spectateurs. Le film participe aussi à installer Besson comme un cinéaste capable de créer des expériences sensorielles fortes, au-delà d’une simple intrigue narrative.
Le Grand Bleu demeure un titre essentiel parce qu’il résume une part majeure de son cinéma : l’appel du large, la quête d’absolu, la solitude du héros et la tentation de quitter le monde ordinaire. Dans une filmographie très variée, il reste sans doute son film le plus émotionnellement fédérateur.
En 1990, Luc Besson signe Nikita, thriller centré sur une jeune délinquante transformée en tueuse au service de l’État. Porté par Anne Parillaud, le film mélange violence, apprentissage, manipulation et mélancolie. Son personnage principal, à la fois vulnérable et redoutable, annonce plusieurs figures féminines fortes qui traverseront ensuite l’œuvre du cinéaste.
Nikita a eu une influence importante, en France comme à l’étranger. Le film a donné lieu à un remake américain, Nom de code : Nina, ainsi qu’à plusieurs déclinaisons télévisées. Sa réussite tient à son efficacité narrative, mais aussi à son ambiguïté : derrière le film d’action se cache un récit sur la fabrication d’une identité et la perte de liberté.
Quatre ans plus tard, Léon confirme l’aura internationale de Besson. Jean Reno y incarne un tueur à gages solitaire qui recueille Mathilda, une jeune fille jouée par Natalie Portman dans son premier rôle au cinéma. Gary Oldman, en policier corrompu et inquiétant, offre l’une des performances les plus mémorables du film.
Léon est souvent cité parmi les films les plus connus du réalisateur. Son efficacité repose sur l’équilibre entre action, humour discret et mélodrame. Le film doit aussi être regardé avec le recul critique que suscitent certaines de ses zones d’ambiguïté, notamment dans la relation entre ses deux personnages principaux. Malgré cela, il demeure un jalon important du thriller français à vocation internationale.
Sorti en 1997, Le Cinquième Élément représente l’un des sommets commerciaux et visuels de la carrière de Luc Besson. Avec Bruce Willis, Milla Jovovich, Gary Oldman et Ian Holm, le film propose un univers futuriste coloré, foisonnant et volontairement extravagant. Il mêle space opera, comédie, action et esthétique de bande dessinée.
Le film se distingue par son ambition de production, rare dans le cinéma français de l’époque. Les costumes conçus par Jean Paul Gaultier, les décors futuristes et la musique d’Éric Serra participent à créer un monde immédiatement reconnaissable. Le personnage de Leeloo, interprété par Milla Jovovich, devient l’une des icônes les plus durables de la filmographie de Besson.
Le Cinquième Élément n’est pas seulement un divertissement spectaculaire. Il témoigne aussi de la volonté du réalisateur de rivaliser avec les standards hollywoodiens tout en conservant une fantaisie européenne. Son ton excentrique, parfois excessif, explique une partie de son charme. Aujourd’hui encore, il reste l’un des films de science-fiction les plus populaires associés à un cinéaste français.
La suite de la carrière de Luc Besson est marquée par des projets très ambitieux, aux réceptions contrastées. Jeanne d’Arc, sorti en 1999, revisite la figure historique avec Milla Jovovich dans le rôle-titre. Le film frappe par son énergie, ses scènes de bataille et son interprétation fiévreuse, mais il divise par ses choix de ton et sa lecture psychologique du personnage.
En 2014, Lucy rencontre un très large succès international. Porté par Scarlett Johansson, le film repose sur un concept simple et efficace : une femme développe des capacités surhumaines après avoir été exposée à une substance expérimentale. Scientifiquement discutable, l’intrigue fonctionne surtout comme un récit de transformation, entre action, spéculation et imagerie cérébrale.
Valérian et la Cité des mille planètes, sorti en 2017, constitue l’un des projets les plus coûteux du cinéma européen. Adapté de la bande dessinée de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, le film impressionne par ses mondes visuels, ses créatures et son sens du spectacle. Son accueil plus réservé tient notamment à son scénario et à la réception mitigée de son duo principal.
Ces trois films montrent une constante chez Besson : le goût du risque industriel et visuel. Tous ne font pas l’unanimité, mais chacun révèle une ambition rare dans le paysage français. Cette capacité à penser le cinéma comme un grand spectacle explique autant ses succès que certaines critiques adressées à son œuvre.
Pour découvrir Luc Besson, mieux vaut choisir les films qui représentent le mieux les différentes facettes de son cinéma. Certains titres sont essentiels pour leur impact populaire, d’autres pour leur importance esthétique ou historique. Une sélection équilibrée permet de comprendre l’évolution du réalisateur sans réduire son travail à ses seuls plus grands succès.
Cette liste n’épuise pas la filmographie du cinéaste, mais elle offre un parcours cohérent. Les spectateurs intéressés par d’autres grandes signatures françaises peuvent aussi mettre en perspective ce cinéma spectaculaire avec l’univers musical et romanesque de Jacques Demy, autre exemple d’une œuvre immédiatement reconnaissable.
Évaluer les meilleurs films de Luc Besson suppose de distinguer plusieurs dimensions : le succès public, l’influence esthétique, la solidité du récit et la place de chaque film dans son époque. Tous ses longs métrages ne se valent pas, et certains ont suscité des réserves critiques importantes. Mais son rôle dans l’internationalisation d’un certain cinéma français reste indéniable.
Son apport tient notamment à sa capacité à concevoir des films de genre accessibles, visuellement forts et portés par des personnages immédiatement mémorables. Qu’il filme les profondeurs marines, les couloirs du métro, un New York stylisé ou une galaxie futuriste, Besson cherche souvent à créer un monde plus qu’à reproduire le réel.
Au final, Le Grand Bleu, Nikita, Léon et Le Cinquième Élément forment le cœur le plus solide de sa filmographie. Ils expliquent pourquoi Luc Besson demeure, malgré les débats et les réceptions inégales, l’un des réalisateurs français les plus connus du grand public international.